CHABAT TSAV – CHABAT HAGADOL
Le Chabat qui précède Pessah’ a une valeur particulière : cela ne tient pas aux textes qui sont lus ce Chabat. Seule sa position dans le calendrier juif, juste avant Pessah’, en fait un Chabat exceptionnel.
Déjà en Egypte ce Chabat avait une saveur particulière. Certes, ce chabat-là, nous étions encore en Egypte, nous n’étions pas encore sortis, mais nous étions déjà affranchis de l’idolâtrie égyptienne, puisque le fameux agneau, que les égyptiens divinisaient, nous, en revanche, nous l’avions choisi, nous l’avions réservé et nous avions décidé de l’offrir au Maître du monde…
Nous affirmions par là qu’aucune créature ne peut être idolâtrée et qu’aucun être ne doit en asservir d’autres car nous sommes tous au service de « Celui qui a parlé et par qui le monde fut créé ».
On pourrait même affirmer que tous les Chabatot de l’année sont eux aussi, en quelque sorte, des « Chabat Hagadol » , car ils portent tous en germe la Délivrance finale: « Si les Benei Israël gardaient deux Chabatot, ils seraient immédiatement délivrés ! »
Rabbi Chimon Bar Yohaï rajoute : un seul suffirait ! » (Talmud)
Chabat, c’est l’essence même de la Liberté : le Chabat rappelle aux hommes que le monde a un but, et ce but transcende toutes les activités humaines. C’est pourquoi, il est indispensable d’interrompre toutes ces activités le jour du chabat, afin que le but du monde soit perçu par les hommes, un jour par semaine. Quand le message du Chabat sera compris, non seulement le jour du Chabat lui même sera sanctifié, mais sera sanctifié également le travail des six autres jours de la semaine, car le travail aura acquis une nouvelle orientation et une nouvelle justification grâce au Chabat.
Même en Egypte, en plein coeur de la servitude, loe chabat avait déjà un avant-goût de liberté. le Midrash Rabbah nous apprend que :
« Les Bené Israel se regroupaient le Chabat, pour relire ensemble dans de petits rouleaux, la promesse qu’Hachem avait faite à Yossef et qui se transmettait de génération en génération :
« Un jour, Hachem se souviendra de vous (et Il vous délivrera) .
Et alors, vous prendrez mes ossements avec vous et vous les ferez monter
(vers la terre de nos ancêtres) ».
Le Midrash fait allusion à toutes les « Egypte », à tous les exils de l’Histoire, où les enfants d’Israël réussirent à se sentir unis, en famille, ou dans leurs communautés, spirituellement libres, bien que physiquement opprimés, grâce au respect du Chabat.
Le rôle du Chabat Hagadol est également de nous libérer de la fatigue, voire de l’épuisement dû au nettoyage de Pessah’, de nous faire retrouver notre souffle,
et même de redonner un sens à ce travail de nettoyage pré-pessah’tique.
Mesdames, je sais que ma remarque, elle aussi, peut être pénible. Il n’est absolument pas dans mes intentions de dévaloriser tous les efforts accomplis chaque année pour la fête de Pessah’. Rien de plus insupportable que les remarques de ceux qui viennent après coup dire :
« Ce n'était pas la peine de faire ceci ou cela ».
A ce propos, comment se défaire de l’impression de « mission impossible » liée au nettoyage de Pessah’ ? Comment croire ceux qui nous disent qu’on « en fait trop » sans avoir l’impression que si on les écoute, on ne fera pas « tout ce qu’on doit » et qu’on aura cette année un « Pessah’ au rabais » par rapport à l’année dernière ?
En ce qui concerne le nettoyage de Pessah’, j’aimerais éviter le double écueil de l’attitude laxiste et désinvolte et celle du perfectionnisme obsessionnel.
Je voudrais rappeler que la Thora nous donne une triple interdiction pendant la fête de Pessah’, concernant le h’amets :
- Ne pas en vendre ni en acheter pendant Pessah’,
- Ne pas en posséder,
- Ne pas en consommer.
C’est pourquoi, avant Pessah’, on se dépossédera du h’amets nous appartenant :
- Soit en débarrassant la maison de son « véritable » h’amets : pain, gâteaux , pâtes, céréales, bière, whisky, vodka, etc… partout où il se trouve et principalement dans la cuisine, bien sûr …
- Soit en vendant le h’amets qu’on veut récupérer après Pessah’. Pour cela, on signera un
pouvoir de vente au Rabbin de son choix qui se chargera, lui, de la vente.
La Bedikat h’amets (la recherche du h’amets) de la veille de Pessah’ ( cette année le dimanche soir 1 avril ) et le Bitoul h’amets ( déclaration d’abandon du h’amets par laquelle on affirme ne plus être propriétaire d’aucun h’amets qu’on aurait encore chez soi ) du lendemain matin, nous rendent quittes : nus nous sommes défaits du h’amets nous appartenant, nous avons accompli la mitsva. A partir de ce moment, même s’il en restait, par hasard, quelque part chez nous, ce h’amets ’aurait plus aucune valeur, il serait considéré comme absolument nul « comme s’il s’agissait de poussière » (qui n’a aucune valeur)
On n’a donc pas à avoir de sentiment de culpabilité par rapport au h’amets que l’on recherche pendant ces quelques jours qui nous séparent encore de Pessah’. Il ne s’agit pas d’une traque infinie ni d’une tâche surhumaine, d’avance vouée à l’échec. Il s’agit de rechercher quelque chose de précis (le h’amets) et de se débarrasser quelque chose de
bien défini ( son droit de propriété sur le h’amets ). Il est vrai qu’on profite souvent du remue-ménage occasionné par la recherche du h’amets pour y adjoindre le « nettoyage de printemps ». Cet aspect de Pessah’, non exigé par la Halah’a sera réduit ou même supprimé s’il occasionne une trop grande fatigue ou s’il prend trop de temps.
Il est clair que le nettoyage de Pessah’ requiert toutes les bonnes volontés disponibles et pas seulement des mains féminines…
Il est important que le nettoyage se fasse dans la sérénité pour ne pas :
Soit - dégoûter les générations à venir de la fête de Pessah’ : voir sa mère exténuée la veille de Pessah’ n’est pas forcément un modèle digne d’envie pour sa fille ou son fils,
Soit - de faire croire à nos enfants que la fête de Pessah’ n’est humainement possible que dans des hôtels, en les exposant ainsi à tous les aléas de l’industrie hôtelière.
Soit – de leur faire même renoncer totalement à célébrer Pessah’ (c’était bon pour leurs parents qui malgré le travail, tenaient à la fête de Pessah’ et c’était bon pour leurs grands-parents qui tenaient tant à voir toute la famille réunie autour de la table le soir du Séder qu’on n’avait pas le cœur de leur refuser ça,tant qu’ils étaient en vie… Il faut dire que la grand-mère savait si bien préparer le H’arrossét, la soupe de fèves et le gras-double…) Quant aux enfants,ils ne peuvent pas se payer l’hôtel et ne veulent pas non plus mourir terrassés par la spongia et le chiffon. On risquerait de créer ainsi la « Pessah’ophobe- attitude » de la « No more Pessah’ generation. » ….
Exit le Ma Nichtana et les questions des 4 enfants ….
II) Chabat Tsav :
Chabat Tsav tombe toujours avant Pessah’ (pour une année ordinaire de 12 mois).
C’est intentionnel, mais pourquoi ? Qu’y a-t-il dans le texte de notre Paracha qui exige absolument d’être lu juste avant Pessah’ ?
La Parachat Tsav rappelle essentiellement des règles liées aux sacrifices. Certaines d’entre-elles concernent donc aussi le sacrifice de Pessah’. Mais tout le livre de Vayira parle des sacrifices, pas seulement la Parachat Tsav. Alors ?
Personnellement, je pense que deux mitsvot mentionnées dans cette Paracha me paraissent profondément liées à Pessah’ :
1. Les Cohanim reçoivent l’ordre de veiller à maintenir chaque jour le feu perpétuel allumé sur l’autel des sacrifices. Ce feu devait chaque jour consumer les offrandes du peuple d’Israël, et jamais ne devait s’éteindre cette énergie, cette flamme, qui en consumant l’enveloppe matérielle des offrandes, les faisait s’élever vers leur Créateur.
Cette mitsva pose pourtant problème :
La Michna Avot rapporte qu’à l’époque du Second Temple, chaque jour, un feu descendait du ciel et consumait les sacrifices.
Pourquoi dans ce cas les cohanim seraient-ils obligés d’allumer eux aussi du feu ?
Plusieurs réponses sont proposées : généralement on retient l’idée importante que l’être humain doit aussi de son côté mériter par son effort la générosité du don du ciel.
Mais le groupe d’amis avec qui j’étudiais le Sefer Hah’inouh’ régulièrement, m’a permis de trouver une réponse inédite à cette question et je regrette que ce texte ne soit pas suffisamment connu.
L’auteur du Sefer Hah’inouh’ dresse la liste des 613 commandements.
Il pose que chaque Mitsva contient une leçon, un message éducatif