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L'objectif de ce blog :

Ce blog édite un commentaire hebdomadaire de la paracha de la semaine. Il est mis en ligne en général le vendredi et peut servir de piste de reflexion concernant la lecture de Chabat.
Les commentaires sont les bienvenus
Bonne lecture à tous.
Samedi 10 mars 2007

LE VEAU D’OR ET LA VACHE ROUSSE

KI TISSA/CHABBAT PARA

 

Ce chabbat est un des grands chabbatot de l’année.

Pour de nombreux décisionnaires, la lecture et donc l’écoute du texte de la vache rousse a un caractère d’obligation prescrite par la Torah au  même titre que Chabbat Zah’or.

 

Qu’ y a t’il de si importants dans ce rappel des rites de purifications  de si fondamental ?

Certes, à l’époque du temple, il fallait rappeler au peuple les conditions qui leur permettront de monter au Beit Hamikdach pour offrir le Korban Pessah’. Il fallait se préparer dans certains cas bien à l’avance pour atteindre le niveau de « pureté «  requis.

Mais aujourd’hui quel sens autre que celui du souvenir a la lecture publique de ce passage ?

Le Midrash Rabbah fait observer que la vache symbolise la purification ; le veau symbolise l’idolâtrie. Mai en dehors du fait que les 2 appartiennent à la famille des bovins, quel sens a ce rapprochement.

 

Il n’est pas anodin que ce chabat, comme souvent, le hasard du calendrier fait que  nous lisons à la fois le récit de la faute du veau d’or, de la destruction des tables de la Loi dans « KI TISSA »  et les lois de la vache rousse dans le second Sefer Torah.

 

Nous sommes tous scandalisés par cette faute du veau d’or  40 jours après Matane Torah, après la révélation du Sinaï. Nous sommes choqués aussi par ce geste de colère où Moshé brise l’objet le plus sacré possible, les tables de la loi œuvre d’Hachem, écrits par Hachem…

 

Le Midrash enseigne que Moshé a été félicité par Hachem pour ce geste courageux et terrible. « Heureusement que tu les a cassés » : si ces tables étaient restés intactes entre les mains d’un peuple idolâtre, cela aurait été catastrophique.

Les  tables de la Loi  auraient validé une vision idolâtre du monde où les objets sont sacrés pour eux-mêmes ; elles auraient été idolâtrées et la loi qu’elles portent aurait été récupérée à l’intérieur d’un système idolâtre.

La Loi d’Hachem risque toujours d’être utilisée par les hommes pour justifier les idolâtries des hommes. Le « H’ok », la loi qu’on ne justifie pas nous rappelle que la Loi vient d’en haut ; que nous ne sommes pas à l’origine de la Loi mais au service de son Auteur.

Le h’ok par excellence c’est le rite de purification opéré avec les cendres de la vache rousse où le juif « impur » du contact avec la mort se libère de cette impureté et où celui qui manipule ces cendres (et pourrait croire qu’il a par la même, un quelconque pouvoir sur les choses) devient impur et doit s’immerger dans le mikweh, avant de pouvoir s’approcher de ce qui est Kadosh.

 

Hachem nous apprend à nous dessaisir de cette impression de toute puissance que les rites peuvent nous donner.

La  haftarah nous dira comment cette leçon permet d’espérer la purification de tout Israël et la venue du Machiah’

 
CHABAT CHALOM

RAOUL SPIBER

Par herve souhami - Publié dans : commentairedelaparacha
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Vendredi 2 mars 2007

CHABAT TETSAVEH-CHABAT ZAH’OR

 

 

Le Chabbat qui précède Pourim est appelé « Chabbat Zah’or », le Chabbat du Souvenir.

Mais se souvenir de quoi exactement ?

Avant tout il s’agit de lire dans le Sefer Torah lui même, le texte source de ce devoir de mémoire. Aucun récit, aucune mise en scène, aucune traduction ou interprétation, rien d’autre que la lecture du texte original:

Devarim 25 ;17-19 :

« Souviens-toi de ce que te fit Amalek pendant la route, lors de votre sortie d'Égypte, comment il te rencontra dans le chemin, et, sans aucune crainte d’Hachem, tomba sur toi par derrière, sur tous ceux qui se traînaient les derniers, pendant que tu étais las et épuisé toi-même.

Lorsque Hachem ton D., après t'avoir délivré de tous les ennemis qui t'entourent, t'accordera du repos dans le pays qu’ Hachem ton D, te donne en héritage et en propriété, tu effaceras la mémoire d'Amalek de dessous les cieux: ne l'oublie point. »

Ce texte est sobre. Il évoque la cruauté et la lâcheté d’un peuple s’attaquant à une population d’esclaves errant dans le désert. Ce qui étonne, avant tout, avant même de savoir ce qu’Amalek représente, c’est le poids que la Torah accorde à cet épisode en considérant comme imprescriptible, le crime qu’il a commis.

 

Il ne faut pas confondre rancune et mémoire.

Le peuple juif a été accusé d’entretenir des sentiments de rancune et de vengeance en rappelant, en refusant d’oublier et de pardonner, les crimes dont il a été la victime…..

La lecture de ce texte  s’oppose à l’érosion du temps, à la dilution des responsabilités, à la distraction de ce qui peut être grave dans l’histoire humaine.

Max Picard, philosophe suisse de langue allemande, à qui on posait après guerre cette question :

« Comment expliquer qu’un peuple aussi instruit, aussi évolué que le peuple allemand est pu être aveuglé à ce point pour placer un Hitler à sa tête ? »

Il répondit, à la surprise générale en montrant un journal et il ajouta à peu près ceci:

« voyez vous, dans ce journal nous trouvons en première page : des résultats sportifs, un scandale politique, les prévisions météorologiques, etc. Il n’y a pas de continuité entre les articles, on ne la recherche pas d’ailleurs, il y a un vide de sens auquel nous sommes habitués, les informations nous émeuvent un temps, succèdent à d’autres qui nous avaient peut être émus ou intéressés et qui sont déjà oubliés ; « informations obsolètes », sans pertinence aujourd’hui. »

(Que dirait il, si il connaissait toutes nos radios où les informations sont diffusées en continu et où au cours de la même journée tout peut être dit et son contraire sans qu’il y ait aucune mise au point.)

 

Zah’or se souvenir, ne pas oublier, lutter contre Amalek qui représente le mal absolu. Celui qui détruit gratuitement sans que sa guerre se rattache à un antécédent..

« ACHER KAREH’A’ BADEREH’ », il t’a rencontré par hasard, en chemin.

La force d’Amalek tient à cette possibilité de voir notre vie comme une succession d’évènements sans suite et non comme une histoire où notre réflexion et notre responsabilité sont requises. Lutter contre Amalek, c’est s’arracher au spectacle des évènements sans suite qui bercent où heurtent notre vie de tous les jours, pour nous interroger sur ce que nous, nous avons à faire dans cette existence.

 Nous l’avons déjà signalé au début de notre propos, le Chabbat Zah’or précède toujours Pourim.

Ce jour là nous avons le mitsvah de lire soir et matin la Megilat Esther pour célébrer cette victoire d’Israël contre Haman descendant de Amalek. Dans ce texte le nom d’Hachem n’est pas écrit une seule fois ; c’est un texte pour nous où la présence divine n’est pas manifeste.

Le décret d’extermination des juifs rédigé par Haman  est daté de la douzième année du règne d’Assuérus et pourtant la Megila remonte à la troisième année de son règne.

Lire la Megila, c’est faire des liens, c’est comprendre les enchaînements et comprendre que tout commença par un grand festin où dans la beuverie  générale on décida de consommer en oubliant…

En espérant que cette année nous puissions enfin nous souvenir et ainsi espérer la victoire sur toutes  les formes de Amalek

 

Chabat Chalom

Par herve souhami - Publié dans : commentairedelaparacha
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Vendredi 23 février 2007

LE TEMPLE NOMADE

 

Les textes de la fin du livre de Chemot sont essentiellement consacrés à la construction du Mishkan  et de ses ustensiles. Ils sont pourtant entrecoupés par la description de moments capitaux pour la formation du peuple juif comme la faute du veau d’or,la brisure des Tables de la Loi où par ailleurs  le thème du Chabat revient comme un leitmotiv.

Cette semaine interrogeons nous sur la pertinence de la description des travaux qui menèrent à la construction du Mishkan dans le désert.

Les vestiges des pyramides, des cathédrales et autres  Temples remplissent les visiteurs d’admiration. On  entend souvent les gens s’exclamer et dire : «  Voilà des chefs d’oeuvres qui ont  traversé les siècles et parfois les millénaires ; alors que les constructeurs de ses chefs d’œuvre ne disposaient ni de l’énergie électrique ni des outils extraordinaires que les technologies nous offrent ! »

Il y a du vrai et du juste dans cet étonnement et dans cette admiration des chefs d’œuvre du passé mais  il y a une vérité qu’il ne faudrait pas oublier : ces monuments exceptionnels ont été bâtis sur le sang de sujets asservis  aux grandes réalisations.

Rappelons nous de la Tour de Babel dont Hachem à empêché la réalisation. Souvenons nous de ce qui inquiétait le Midrash dans l’édification de cette construction :

Pirkey de Rabbi Eliezer :

« Quand quelque chose tombait du haut de la tour, les travailleurs s’inquiétaient : 

« Un bloc de pierre est tombé  et il faudra de nouveau le hisser au sommet à la  consternation générale ! Parfois ils étaient soulagés d’apprendre que ce n’étaient qu’un des leurs qui était tombé, pas de retard dans la réalisation du chantier ! »

Hachem n’aime pas ces Temples, le Talmud dira que le premier Temple construit par Chlomo Hameleh’ était déjà voué à la destruction car le Roi Salomon avait utilisé la contrainte pour imposer au peuples les taches nécessaires à sa construction ; par opposition au Mishkan qui lui n’a jamais été détruit parce qu’il a été construit par des hommes et des femmes libres, prêts à participer à sa réalisation.

« Les réalisations des Justes (le Mishkan) sont plus grandes que la Création du ciel et de la Terre » affirme le Talmud, parce qu’elles ont nécessité à la fois le bénévolat de chacun comme le dit notre texte (selon sa volonté de donner) et à la fois la capacité à travailler ensemble ,conscients du fait qu’on a besoin de l’autre.

Cet effort collectif réussi sert de modèle à ce que doit être le Travail ;c’est un véritable projet de société qui est présenté ici.

Dans la réalisation de ces deux grandes œuvres la Torah réaffirme le principe de la Kedoucha du Chabbat. Même un travail aussi important , aussi Kadosh soit-il doit s’arrêter le jour du Chabbat pour ne pas oublier que l’Humanité a un but et que le travail qu’elle accomplit durant la semaine  doit rester au service de ce but.

Cette méfiance juive du totalitarisme et de ses symboles de gloire nous a été donné par le Maître du monde qui nous a appris à nous en moquer pour rechercher la vraie gloire, la vraie dignité dans notre participation à la marche du monde

« Celui qui garde le Chabbat dans toute sa dignité hérite d’un monde sans limite et goûte aux joies de la délivrance » .

Chabbat Chalom

Par herve souhami - Publié dans : commentairedelaparacha
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Samedi 17 février 2007

PARACHAT MICHPATIM- CHABAT CHEKALIM

I)La lutte contre le cannibalisme
Exode (XXII ,31) « Vous serez pour moi des hommes saints. Vous ne mangerez point de chair déchirée dans les champs: vous la jetterez aux chiens. »
Exode (XXIII,1) » Tu ne répandras point de faux bruit. Tu ne te joindras point au méchant pour faire un faux témoignage. »
Tu ne suivras point la multitude pour faire le mal; et tu ne déposeras point dans un procès en te mettant du côté du grand nombre, pour violer la justice.
Tu ne favoriseras point le pauvre dans son procès ».

 

Ces différents thèmes appartiennent à la même Paracha. Dans le Sefer Torah il n’y a pas de passage à la ligne entre ces différents versets, ils doivent donc être entendus ensemble.
Je vous renvoie donc  à la parachat Vayeh’i où nous avons déjà abordé la question de la partition juive de la Torah en Parachiot provenant de l’écriture même du Sefer Thora  et le découpage du texte en chapitres, établi au Moyen-Âge par l’église catholique et conservé jusqu’à nos jours. Cette partition est utilisée par tous, elle a indéniablement un caractère pratique, elle sert aussi de référence  universelle.

Mais créer des paragraphes dans un texte, c’est obligatoirement interpréter.
Le découpage en chapitres sépare donc la fin du chapitre XXII  où la Torah évoque des règles de Cacherout et de Kedoucha, du chapitre XXIII où il est question des grandes principes de justice que doivent respecter les juges.
Le monde occidental ne peut pas voir de continuité entre les interdictions alimentaires et les préoccupations de justice. Les premières appartiennent à la discipline d’un peuple envers son D., les secondes sont de l’ordre de la morale universelle.

Rabbi Elazar Ben Azaria s’interrogeait sur la juxtaposition de ces deux textes telle qu’elle apparaît dans le Sefer Torah.
Il en déduisait que : « Celui qui répand des faux bruits mériterait d’être jeté aux chiens ».

C’est à dire que celui qui calomnie perd sa dignité d’homme, il est comparable à une animal « treifa », interdit à la consommation.
 
L’interdiction de la consommation de la bête treifa renvoie à une éthique de sainteté, dans laquelle l’acte de manger, le souci de soi, associe la transcendance à nos gestes les plus quotidiens. La calomnie n’y a pas de place.
La calomnie quant à elle renvoie à l’ordre « pharaonique » du monde, au schéma pyramidal, où pour exister il faut absolument abaisser l’autre.

Les chiens de garde  sont incapables de calomnie , ils peuvent cependant exister en aboyant, en faisant peur, ou en mordant !
Durant la nuit de la Sortie d’Egypte, les chiens de garde des camps d’esclaves,   n’ont pas aboyé.
Ils n’ont même pas montré leurs crocs, ni sorti leur langue. Ils ont, à ce moment décisif de l’Histoire, refusé d’être les gardiens de cet ordre idolâtre, en terrorisant ceux qui sortent.
Eux ont réussi à contrôler leur langue pour qu’elle ne porte pas atteinte à ceux qui quittent la maison des esclaves, ils ont permis aux Benei Isael de ne pas sortir comme des fugitifs.
L’être humain a reçu du Maître du monde le Don de la Parole ; quand il utilise cette faculté extraordinaire, pour détruire la réputation d’autrui, il perd cette dignité, cette noblesse de l’âme ; il entre dans le règne des fauves où l’homme devient un loup pour l’homme, un cannibale qui mériterait d’être jeté aux chiens.

Ceux qui ont reçu les règles de cacherout doivent se rappeler, que la dignité, la sainteté vers laquelle ils tendent par leur respect des lois de la Torah, ne doivent pas oublier notre dette aux chiens qui refusèrent d’aboyer.

Les lois de justice qui suivent, n’obéissent pas seulement aux principes d’éthique universels, ils veulent arracher la justice aux monde des loups.
-Abolir  la tyrannie du grand nombre qui peut se mettre d’accord pour faire le mal.
-Protéger, déjà, la justice, du misérabilisme en interdisant de favoriser le pauvre dans son jugement, anticipant ainsi  les manipulations les plus  démagogiques qui feront de certains les coupables d’avance du malheur de ceux dont on a pitié, transformant la Justice en justice de classe.

La parachat Michpatim suit le Don de la Torah, elle présente des lois qui ne servent pas simplement à protéger la société, mais qui ont pour but d’inscrire les leçons de la Sortie d’Egypte et du Maamad Har Sinaï (l’alliance du Sinaï) dans notre vie de tous les jours, où la sainteté influence notre façon de vivre, de nous nourrir et enfin de vivre ensemble pour créer un monde où l’homme aurait mieux à faire qu’à devenir un loup.


II)L’argent n’est pas forcément sale :
Le shabbat qui précède Roch H’odech Adar a un statut particulier, c’est SHABAT CHEKALIM.

A l’époque du Beit hamikdach,  les juifs de la diaspora et ceux d’Israël devaient se tenir prêts à donner leur participation aux frais du Beit hamikdash.
Chacun devait donner la même somme pour faire de nous tous des associés à part égale dans le culte que Israël rend à Hachem , partout dans le monde.
On lisait dans toutes les synagogues, la paracha du ½ chekel qui rappelle cette Mitswah.
Ensuite, durant tout le mois de Adar les délégués du Beit Hamikdash passaient recueillir les ½ chekel de tous.
Cette institution a été conservée après la destruction du Temple pour au moins 2 raisons
manifester notre fidélité à ce qu’ il représente et notre espoir de le voir reconstruit.
 Maintenir ce principe de l’unité et de la solidarité d’Israël où chacun vaut ½, c’est à dire qu’il n’est rien sans les autres, c’est alors qu’il peut servir son Créateur.

Cette année, ce texte de Ki Tisa conclue Michpatim, notre paracha de la semaine.
L’esprit humain cherche toujours un lien entre des évènements contemporains, parfois, il s’agit de coïncidences, il n’y a rien à chercher.
En revanche, le calendrier juif a été institué par nos Sages pour tomber dans la période où nous lisons toujours la seconde partie de Chemot, consacrée à la fois à l’institution du droit juif et à la construction du Mishkan
J’ai personnellement relevé cette analogie commune à nos deux textes :
« la fonction positive de l’argent ».
Dans la parachat Michpatim aussi , l’argent permet de mesurer l’offense, le dégât causé  à autrui. Cette offense qui généralement engendre des sentiments de rancune, fait naître des pensées de violence, faite à autrui devient objective ; elle devient réparable, indemnisable.
Cette évaluation, donnera, à son auteur, la possibilité de prendre ses responsabilités, de réparer ; elle permettra à la victime de cette violence d’être indemnisée. Elle permettra enfin à la justice d’instaure un monde où les droits de chacun sont garantis et de construire sur cette base d’équité et de solidarité l’unité d’Israël représentée par le ½ chekel de chacun

 

Chabat Chalom
Raoul Spiber

Par herve souhami - Publié dans : commentairedelaparacha
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Samedi 10 février 2007

   

LA HOUPA DU SINAI

L’Alliance conclue au pied du mont Sinaï entre Hachem et Israël est appelée « Mariage ».

-Hakadoch Barouh’ Hou, si j’ose dire, c’est le H’atan (le fiancé)

-L’Assemblée d’Israël, c’est Sa Cala (la fiancée).

-La Torah, c’est la ketouva ( le contrat de mariage) entre Hachem et Israël.

 

Cette parabole est reprise de nombreuses fois par les Prophètes d’Israël , elle constitue le thème essentiel du Chir Hachirim (cantique des cantiques), elle est reprise dans le Midrash, elle exprime toute la dimension d’amour qui unit Hachem à son peuple.

Elle renseigne à la fois sur la nature du lien qui « nous unit » à Hachem et à la fois sur la nature et la dimension métaphysique de tout mariage.

Ce qui étonne, c’est que la Torah puisse être comparée à une  Ketouva. Pour comprendre cette métaphore, il vaut d’abord définir précisément la fonction d’une Ketouva du point de vue de la Halakha (la loi juive), ce qu’elle doit apporter au couple.

« Quand un couple marié a perdu la Ketouva, il leur est interdit de cohabiter, si malgré tout ils cohabitaient, leur relation serait considérée, comme un acte de débauche ».

On imagine déjà les réactions horrifiées :

« Comment ? Des gens mariés et parce qu’ils leur manquent un papier administratif on les considèrent comme des débauchés, c’est scandaleux ! »

Le Rachba, ,le géant de sa génération, au XIII ème siècle, en Espagne fonde cette Halakha  sur un principe fondamental, l’accord.

Les relations conjugales exigent l’accord de chacun (ça a l’air évident et pourtant ?) des relations sexuelles sans l’accord des deux partenaires même mariés, c’est du viol.

Dans le cadre du mariage, ajoute le Rachba, Rabbi Chlomo Ben Aderet, une femme doit pouvoir dire non, sans risquer d’être divorcée dès qu’elle ne satisfait pas les exigences de son mari.

Les rabbins du Talmud, au début de l’ère chrétienne, ont bien vu que la réalité sociale et économique de leur époque ne garantissait pas cette liberté de la femme, qu’ils fallait la « doter » de droit ; ils ont institué , l’obligation de la ketouva qui protégeait l’épouse du risque d’une répudiation capricieuse.

Dans ce contexte, l’épouse qui dit : «  oui » alors qu’elle a perdu sa ketouva, est dans le cas de celle qui est peut-être en d’accord.

mais qui ne pourrait pas dire : « non » , au cas où elle le désirait.

Pour que le vrai amour soit possible , il faut que les droits de chacun soient protégés, alors l’union qui en suit, prend un caractère de Kedoucha (de sainteté).

Paradoxalement, la Halakha considère que c’est dans un monde de droits réciproques que naît « l’amour libre » authentique.

Maintenant revenons au mariage entre Hachem et Israël où la Torah sert de Ketouva.

Le détour par le Talmud et le commentaire halachique du Rachba nous ont appris la fonction de la Ketouva, si la Torah sert de Ketouva ,c’est parce qu’elle vient protéger quelque chose.

La dette d’Israël envers Hachem est immense, les devoirs d’Israël envers Celui qui les a sauvé pourraient entraîner une dévotion totale, un asservissement qui altère cet Amour et le transforme en « aliénation ».

La loi écrite et la loi orale auront pour fonction de définir et de  protéger l’intégrité de l’Alliance au cours des siècles.

CHABAT CHALOM

RAOUL SPIBER

Par herve souhami - Publié dans : commentairedelaparacha
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Lundi 5 février 2007

Tou bichevat- Nouvel an des arbres

Alors, enfin, ils chantèrent

 

.

Les 210 années de l’esclavage avaient réussi à étouffer toutes les formes d’expression.

Le Midrash va jusqu’à dire  que le Maître  du monde  Lui –même s’était tu ; « chtikat hadibour » : « silence de la Parole ».

 Les êtres humains, qui pourtant avaient été les seuls à avoir reçu du Créateur le pouvoir de parler, se taisaient.

Ils paraissaient avoir perdus leur qualité de « medaber »de « parlants », pour appartenir désormais au règne du « domem » : le règne du silence minéral. Le regne muet de l’ordre inhumain, de la hiérarchie idolâtre. La vision du monde de Pharaon était à l’image de ses monuments les plus prestigieux qui lui fournissaient un schéma de société : l’ordre pyramidal.

Même les miracles de la sortie d’Egypte ne parvenaient pas à délivrer les enfants d’Israël de cette gangue de  tristesse et de désespoir qui interdisait toute expression de joie et d’espoir, de liberté.

C’est alors que :

« En ce jour, Hachem délivra Israël de la main des Égyptiens; et Israël vit sur le rivage de la mer, les Égyptiens qui étaient morts.

 1)     l’esclavage des enfants d’Israël

2)     La sortie d’Egypte

3)     Le don de la Torah

(c’est à dire les évènements les plus fondamentaux de l’histoire d’Israël)

 commence simplement par une liste de noms, qui en plus avait déjà été écrite dans Vaygash, cela étonne.

Qu’en plus, ce terme : « shemot » , en français : « les noms » serve de titre à ce livre, ajoute encore à la perplexité des maîtres du Midrash.

Rachi soulève le problème de la répétition de cette énumération et y répond par un Midrash surprenant :

« Bien qu’ Il les ait déjà comptés (les enfants de Yaakov) de leur vivant en mentionnant leurs noms, Il a répété cette énumération après leur mort pour dévoiler Son amour (pour eux), comparables aux étoiles, qu’il fait sortir et rentrer en les comptant et en les nommant toutes».

C’est beau, c’est poétique, mais qu’est-ce que cela nous apprend ?

Rachi reprend le principe fondamental qu’il avait évoqué et que nous avons développé dans Vayeh’i : « la disparition des ancêtres déstabilise les générations suivantes.»

Celles-ci risquent de perdre leur identité, de se dissoudre dans la nouvelle civilisation où elles sont plongées en oubliant qui elles sont. Les descendants de nos grands patriarches sont sur le point de perdre leurs noms  patronymiques pour n’être plus que des sujets « immatriculés » par la société à laquelle ils sont désormais assujettis.

« Mais les étoiles ne meurent pas» .

Les actes des Tsadikim éclairent nos cieux comme les étoiles en pleine nuit, qui ne sont pas avalés, « assimilés » par l’obscurité qui les  entourent.

Hachem les comptent et les recomptent par « amour » en les nommant, parce qu’ils comptent : « ils éclairent l’existence de leurs descendants, perdus dans la nuit de l’exil. »

A condition de bien vouloir lever les yeux vers le ciel nous pouvons tous contempler la beauté et l’immensité de la création. Nous pouvons tous ainsi prendre conscience du fait qu’elle n’a pas été créée pour servir, la vanité et l’égoïsme humain, qu’elle est l’œuvre du Créateur.

Cette dimension d’amour que le Créateur révèle en nommant les patriarches va donner à leurs enfants la force d’ âme, de rester fidèles à leurs noms, à leur vocation singulière, à leur identité malgré toutes les difficultés et toutes les tentations de l’Exil.

Sur la longue route de l’exil, à commencer par l’exil d’ Egypte, les Benei Israel refuseront obstinément de renoncer à être uniques comme le sont toutes  les étoiles du ciel.

Le deuxième livre de la Torah, l’Exode ,nous présente la clé de la Sortie d’Egypte :

« les enfants d’Israël ont mérité de sortir d’Egypte parce qu’ils n’ont pas abandonnés leurs noms ».

Il y avait probablement une manière égyptienne de gérer les esclaves juifs et de les nommer et de les dénombrer, ce n’est pas grave.

Les Benei Israël savaient que : « au-delà des dénominations imposées par la société où ils vivaient, ils avaient leurs noms propres  avec lesquels ils avaient été appelés par le D. d’Avraham, d’Itshak et de Yaakov à suivre « le chemin des étoiles qui les conduirait à  la vraie liberté  ».

Chabbat Chalom

Raoul Spiber

 

Entrée d'Ein guedi. desert de Judée

Par herve souhami - Publié dans : commentairedelaparacha
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Vendredi 5 janvier 2007

Ce texte est dédié à la mémoire de mon père Max Spiber  « zirh’ono livrah’a »R. Moredeh’ai ben Haïm Shmouel zal décédé le 11Tevet 5742 et à sa mère Golda Spitzberg « Zirh’ona livrah’a »déportée et assassinée à Auschwitz, pour laquelle nous ne disposons pas de date de décès .

 

La Sidra étouffée

Quand on cherche la Sidra de Vayeh’i dans le Sefer Torah, on ne la trouve pas facilement ; on dirait même qu’elle n’est pas là et que c’est la Sidra de Vaygash qui termine le Sefer Beréchit. 

Elle continue, en fait le texte de Vaygash sans aucune indication textuelle, aucune, même pas le petit espace qui sépare deux passages de la Torah.

C’est plus qu’inhabituel, entre deux Sidrot, dans le Sefer Torah, il y a toujours une séparation, le passage à la ligne est obligatoire.

Cela fait partie des règles de l’écriture d’un Sefer Torah.

-La validité du Sefer Torah dépend autant de ce qui est écrit (les lettres du texte) que de ce qui n’est pas écrit : les blancs qui entourent les lettres, qui séparent les mots, les phrases, les différents passages (parachiot)  et ceux qui séparent les différentes sidrot hebdomadaires.

Ces différents blancs dans le Sefer Torah organisent le texte biblique, par eux se fait entendre le souffle du Sinaï. Ils font respirer le texte de la Torah.

Ils représentent le non-dit du texte biblique : La Loi orale .

Ces espaces « animent » le texte de la Torah.

Un Sefer Torah auquel il manque un de ces blancs n’est plus valable, il est « mort » , il faut le mettre de côté.

 

Mais revenons à notre Sidra, si c’est si important de séparer les Sidrot pourquoi  n’est-ce pas le cas dans Vayeh’i ?

Rachi  répond à cette question en citant le Midrach Beréchit Rabbah, qui s’interrogeait de la même façon, il y a au moins 1500 ans.

Et voilà sa réponse : «  Ce passage de la Torah est  fermé car lorsque Yaakov est décédé, le cœur et les yeux d’Israël se sont fermés du fait de la douleur de l’esclavage car ils ont commencé à les assujettir. »

 

Cette réponse du Midrach est difficile à comprendre, elle soulève à son tour de nombreuses questions.

Premièrement, en quoi le décès de Yaakov,  serait il contemporain du début de l’esclavage en Egypte ?

-L’Egypte décrète à la mort de Yaakov un deuil national et Yaakov sera accompagné à sa dernière demeure en grandes pompes par les plus hauts dignitaires de l’Egypte.

-Yossef reste le chef incontesté, craint et respecté de toute l’Egypte jusqu’à la fin de sa vie et la famille de Yaakov, protégée par le vice-roi de l’Egypte ne connaît pas encore l’oppression, pourquoi parler déjà de la souffrance de l’esclavage ?

Deuxièmement, pourquoi le texte de la Torah doit-il se serrer quand le cœur d’Israël se serre ? 

En d’autres termes quel est le sens de la relation que le Midrach établit entre la mort de Yaakov et le texte du Sefer Torah ?

Nous connaissons tous l’histoire de Yossef et en particulier le récit de sa fulgurante ascension en Egypte. Nous savons tous quelle fut sa générosité en faveur de son père et de toute sa famille. Il a été leur protecteur.

Le Midrach, à plusieurs reprises explique que « c’est Yaakov qui a protégé son protecteur » !

C’est renversant, non ? Yaakov l’émigré protègerait son fils devenu le vice-roi de l’Egypte !

Pour comprendre ce Midrach, il faut d’abord  savoir que le mot « EVED» dans la Torah ne désigne pas seulement le malheureux travailleur, exploité, entièrement à la merci de son Maître, comme le seront plus tard les enfants d’Israël en Egypte, quand montera sur le trône un nouveau roi qui n’a pas connu Yossef. Non, ça c’est la fin du processus d’assujettissement.

L’esclavage, la Avdout, commence quand on est nommé par sa fonction EVED (travail) et qu’on a perdu son patronyme : le nom qui nous rattache à notre père qui garantit notre identité et notre unicité.

Si nous existons uniquement grâce au rôle que nous jouons  dans la société, nous sommes tous remplaçables, nous perdons progressivement notre identité pour n’être plus qu’un élément de « la masse laborieuse » au service de la société.

Quand Yaakov Avinou, Yaakov notre père est enterré Yosef et  ses frères placés au sommet de la société égyptienne perdent un repère qui leur rappelait leur vocation d’hommes uniques face au D. unique.

L’esclavage, c’est à dire la réduction de l’être humain à un rôle économique peut commencer.

Et alors le texte de la Torah se serre, les blancs disparaissent  car ceux qui cherchaient le sens de ce texte se perdent eux aussi. Sans loi orale assurée par Israël, la loi écrite se bouche.

Le chabat, nous ne nous définissons plus par notre rôle dans la société, nous nous arrachons à cette aliénation, nous retrouvons nos noms et ainsi nous hâtons la délivrance.

Chabbat Chalom

Raoul Spiber


élèves assidus de M. Spiber...

Par herve souhami - Publié dans : commentairedelaparacha
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