Tout a une fin
Enfin, au bout de deux ans, Pharaon rêva.
Les Pharaons ne rêvent pas beaucoup d’habitude et ne se soucient pas beaucoup de leurs rêves. Ce sont des hommes d’ action, des décideurs !
Témoin la réaction du Pharaon de Moshé lorsqu’ il apprend que les esclaves hébreux sont distraits de leur travail par des « agitateurs » qui leur parlent de liberté:
« Qu’ ils cherchent donc eux-mêmes la paille nécessaire à la production des briques; afin qu’ils se détournent ainsi des illusions ! »
Mais ce ne sont pas seulement les rêves ou les aspirations des autres qu’ils n’écoutent pas. Leurs propres rêves, leurs propres peurs, leurs aspirations, bref leur vie intérieure, ils n’en font pas cas non plus.
Notre Pharaon, ( le contemporain de Yossef ) lui, rêve, et même deux fois ! Il s’en souvient, il en parle à la cour et s’en ouvre à ses conseillers.
Le Midrash évoque à ce propos un verset de Job :
«Il (Hachem) a fixé un terme à l’obscurité ».
Enfin, quelque chose se met en route pour libérer Yossef du trou où il croupit depuis 12 ans, pour un crime qu’il n’a pas commis !
12 ans, c’est trop long, surtout quand on est beau, surtout quand on est intelligent et quand on avait aussi des rêves de grandeur.
Tout cela est extrêmement pénible, pour Yossef. Surtout quand il a cru il y a deux ans de cela qu’il allait enfin sortir ! Il a cru que le service qu’il avait rendu à ce maître-échanson, ( emprisonné comme lui et tourmenté par ses rêves ) allait lui ouvrir enfin les portes de sa geôle.
Et voilà que le maître-échanson, lui, avait retrouvé sa liberté et même sa place auprès de Pharaon, depuis deux ans, alors que pour lui, Yossef, rien ne s’était produit !
Les deux dernières années de captivité furent aussi les plus dures :
C’était à désespérer de tout, à ne plus croire en rien: ni à la justice des hommes, ni à leur gratitude, ni même à ses propres rêves !
( étrange situation où celui qui déchiffre les rêves des autres ne sait plus que penser des siens ! )
« Quand ta situation se sera améliorée, rappelle-toi juste que j’étais avec toi. Rends-moi service en parlant de moi à Pharaon et tu me feras sortir d’ici. Car je fus enlevé du pays des hébreux et quand j’arrivai ici, je ne fis rien qui méritât mon emprisonnement. »
Ainsi parle Yossef au maître-échanson, proche de Pharaon.
« Puisque Yossef fit dépendre ainsi son salut du maître échanson, il fallut le laisser en prison encore deux années supplémentaires. « note Rachi.
On croit rêver ! Mais enfin, pourquoi ? N’est-il pas permis à Yossef de faire tout ce qui est en son pouvoir pour se libérer ? Est-ce vraiment de sa part un manque de Emouna ? En d’autres termes,
Non pas ! Rachi ne reproche pas, par exemple, à Avraham d’être descendu en Egypte pour se nourrir lorsque la famine sévissait en Canaan, alors que Canaan était le pays de la promesse divine et qu’il avait reçu l’ordre de quitter sa patrie pour s’y rendre.
Mais pour Yossef, c’est différent.
Si Yossef place tous ses espoirs de libération dans l’intervention d’un courtisan auprès de Pharaon, alors il ne pourra pas, lorsqu’il deviendra lui-même vice-roi d‘Egypte, devenir autre chose qu’un courtisan servile qui passe sa vie à flatter le pouvoir en place, dont il espère pensions et privilèges et dont il redoute de tomber en disgrâce.
La dure école d u désespoir et de la réflexion amère sur l'ingratitude des hommes va le transformer petit à petit. En deux ans, cet esclave hébreu
oublié de tous, va faire l’expérience de la solitude la plus absolue.
Et du fond de sa prison, il va rencontrer D.
Il en sortira au bout de deux ans transformé, transfiguré.
Yossef sait bien qu’on l’a fait sortir de prison uniquement parce qu’il a la réputation d’être un excellent « interpréteur de rêves ». Or, tous les magiciens et astrologues assermentés de la cour ont échoué. Son seul espoir de libération est de montrer à son tour son talent et son savoir-faire. S’il échoue, il retourne en prison pour le restant de ses jours.
Or, il a maintenant le courage inouï, au moment où il joue son « va-tout » devant Pharaon, d’affirmer, face à toute la cour :
« Non, je n’ai aucun don personnel : c’est D. qui décidera du sort de Pharaon ! »
Jamais Yossef ne sera un courtisan servile. Il sait que tout vient de D. , et lui, Yossef, se met à Son service.
« Celui qui choisit de se mettre au service de D. , se verra exempté de servir d’autres êtres humains. « dit le Pirké Avot.
C’est ce choix qui donnera à Yossef la force de résister à l’admiration de Pharaon qui dit de lui : « Pourrions-nous trouver un homme comme celui-ci, ayant en lui l’esprit de D. ? »
Et c ’est ce choix qui lui donnera la force de pardonner à ses frères et même de voir dans l’heureux dénouement la main de D. :
« Si vous aviez eu l’intention de me faire du mal, en tous cas D. l’a transformé en bien. »
Yossef est le seul a avoir mérité d’être surnommé « Tsadik »
Yossef, le Juste, celui qui résiste à toutes les formes de pression.
Chabat Chalom
Et H’anouka Saméah’ !
Joshua's tree. Désert de Judée.ajouter un commentaire commentaires (0) créer un trackback recommander
Association de malfaiteurs Tel Aviv juillet 2006 

