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Lundi 28 avril 2008

PARACHAT KEDOSHIM, LE CŒUR DE VAYKRA !

I) Soyez kedochim, soyez saints !» Mais qu’est-ce que cela signifie ?

Pour savoir ce que le mot Kedoucha veut dire, pour l’arracher au champ sémantique du français, à la conception chrétienne de la sainteté, il faut avant tout examiner les conséquences pratiques de ce concept dans la vie de tous les jours. Ce terme se  rapporte avant tout à ce qui est séparé, pour être destiné, pour n’appartenir qu’à Hachem, il vient s’opposer au rapport de possession, à la relation égocentrique que l’homme établit avec son monde. Mais attention si cette définition de la sainteté se retrouve dans de nombreuses religions, elle reçoit dans la Torah un contenu très spécifique. La notion de kedoucha ne prône ni ascèse, ni indifférence au monde, ni condescendance envers les simples mortels, de la part de ceux qui  ne seraient préoccupés que de « choses divines ». L’homme a sa place dans cette Création où il a repéré de la Kedoucha. La Création, la vie terrestre, elle aussi a de la valeur.

La kedoucha, telle qu’elle se traduit dans la Torah se manifeste dans toutes les dimensions de l’existence. Le Chabbat, le temps le plus « kadosh » de l’année doit être un jour de délices, où nous sommes tenus de nous réjouir corps et âmes. Le degré de Kedoucha, de ce jour est supérieur à Yom Kipour, jour de pardon et de privations. L’homme découvre ce jour là, que le travail, les exigences de la production et de la consommation ne sont pas les buts de la Création. A travers la sérénité du Chabbat, l’homme découvre qu’il n’est ni maître, ni esclave !

Il retrouve enfin sa vraie place face à son Créateur,

La Michna de Meguila établit une hiérarchie des objets de Kedoucha, elle place au sommet de tous, le Sefer Torah. Le Talmud à propos de cette Michna rapporte un enseignement de rabbi Méir qu’il y a encore plus haut :

Il y a le Limoud, l’Etude de la Torah, parce qu’elle conduit à l’action. Et enfin il y a le mariage, les kidouchin, mot formé sur la racine « kadosh » telle qu’elle apparaît dans notre parasha, en s’appuyant sur une prophétie d’Isaïe : « Il ne l’a pas créé (le monde) pour le chaos mais pour être habité ! »  Isaïe (45,18)

L’Etude et l’union de Kedoucha d’un homme et d’une femme, sont supérieurs parce que, grâce à eux, le monde ne va pas vers le néant.

Nous sommes là aux antipodes de la conception chrétienne de la « sainteté ».

La kedoucha, la sainteté juive, c’est finalement ce combat pour une existence terrestre, une habitation du monde qui grâce à l’Etude, à l’accomplissement des commandements, grâce à la formation de familles, résiste au néant.                                

II) Le coeur de Vaykra :

Le 3ème livre de la Torah est le moins connu de toute la Torah. Deux idées erronées en sont responsables :

-On y traite essentiellement du service au Temple, donc de sujets qui n’ont pas de sens pour nous aujourd’hui.

- cela concerne essentiellement les cohanim, donc les prêtres descendants de Aharon, en charge de ce service.

Double erreur on ne peut plus funeste, responsable de l’ignorance de ce livre.

1)     Vaykra, le livre de la Kedoucha, s’adresse à tout le peuple juif confrontés à la kedoucha il reprend la vocation d’Israël énoncée au pied du Mont Sinaï. « Vous serez pour moi, une nation de cohanim,  un peuple  kadosh » (Chemot 20)

2)     Les leviim doivent accompagner cette vocation, il ne s’agit en aucun cas d’un rôle ésotérique dans le secret du Temple. Il doivent selon les termes de la prophétie de Malah’i II, de sa critique du dévoiement clérical de la tribu de Levy. Levy devait au contraire:

« Combattre l’injustice, œuvrer pour la paix, enseigner la Torah », ils doivent accompagner la vocation de kedoucha de l’ensemble du peuple juif.

La kedoucha qui se déploie dans le Sefer Vaykra, qui s’exprime dans le service du Beit Hamikdash, avec les fils d’Aharon doit éclairer, donner du sens à tous les domaines de la vie. Elle doit transcender tous les domaines de l’existence qui inclue l’économique et le social, avec les lois sur le commerce, l’interdiction du prêt à intérêt, les lois de Chemita et de Yovel.  Cette limitation du moi souverain, qui laisse enfin de la place à l’Autre, aux autres, culmine  au cœur de notre parasha, c'est-à-dire aussi, au centre de tout le Sefer Torah, avec le fameux verset qui selon Rabbi Akiva contient toute la Torah : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même, Je suis Hachem ! » Vaykra (18,19). La kedoucha n’est plus confinée dans la sphère du religieux au sens étroit du terme, elle n’est plus là on pensait l’enfermer, elle échappe à la réduction qu’on voulait lui imposer, elle déborde,  pour éclairer tous les domaines de l’existence, d’où cette impression première de désordre devant la diversité des thèmes abordés, pour exprimer une conception de la sainteté de la vie, libre de toute nos tentatives de récupération !

CHABBAT CHALOM

RAOUL SPIBER

 

par herve souhami
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