Shabbat Bechalah’-Le shabbat du Chant.
Tou bichevat- Nouvel an des arbres
Alors, enfin, ils chantèrent
.
Les 210 années de l’esclavage avaient réussi à étouffer toutes les formes d’expression.
Le Midrash va jusqu’à dire que le Maître du monde Lui –même s’était tu ; « chtikat hadibour » : « silence de la Parole ».
Les êtres humains, qui pourtant avaient été les seuls à avoir reçu du Créateur le pouvoir de parler, se taisaient.
Ils paraissaient avoir perdus leur qualité de « medaber »de « parlants », pour appartenir désormais au règne du « domem » : le règne du silence minéral. Le regne muet de l’ordre inhumain, de la hiérarchie idolâtre. La vision du monde de Pharaon était à l’image de ses monuments les plus prestigieux qui lui fournissaient un schéma de société : l’ordre pyramidal.
Même les miracles de la sortie d’Egypte ne parvenaient pas à délivrer les enfants d’Israël de cette gangue de tristesse et de désespoir qui interdisait toute expression de joie et d’espoir, de liberté.
C’est alors que :
« En ce jour, Hachem délivra Israël de la main des Égyptiens; et Israël vit sur le rivage de la mer, les Égyptiens qui étaient morts.
Israël vit la main puissante qu’ Hachem avait dirigée contre les Égyptiens. Et le peuple craignit Hachem, et il crut en Hachem et en Moshé, son serviteur.
Alors, Moïse et les enfants d'Israël chantèrent cet hymne à Hachem. Ils dirent: Je chanterai à Hachem car il a fait éclater sa gloire; Il a précipité dans la mer le cheval et son cavalier. » (Chemot 14-15)
La véritable délivrance d’Israël n’apparaît qu’après l’ouverture de la Mer Rouge. Tant que l’oppresseur peut encore inspirer de la crainte, l’oppression continue. Certes l’armée de Pharaon a bien été noyée aux milieux des flots, elle n’est donc plus en mesure de persécuter les enfants d’Israël.
Et pourtant, les rescapés de cet enfer nommé « Mitsraïm », continuent à avoir peur de leurs anciens bourreaux : « peut être nos persécuteurs ont-ils réussis à échapper à la noyade en trouvant un autre passage pour nous rattraper et nous anéantir » imaginent ils !
« Comment croire que des êtres aussi redoutables puissent disparaître ? »
Alors, enfin, Israël vit sur les rivages de la mer les cadavres de l’armée la plus puissante qu’il ait connue, échouer «providentiellement » sur le rivage. Le peuple se libéra de la peur des hommes, pour craindre Hachem.
Délivré de cette peur de l’oppresseur, le peuple retrouva à son plus haut niveau le pouvoir d’exprimer sa reconnaissance au Créateur, il chanta.
Le Midrash (Meh’ilta de Rabbi Yshmaël) enseigne :
« Même la plus simple des servantes a perçu au moment du passage de la Mer Rouge plus que les prophètes Yishaïa et Yeh’ezkiel. »
Ces deux très grands prophètes représentent le sommet de la prophétie.
Ce sont les deux seuls prophètes qui ont pu « décrire « le trône d’Hachem », MAASSE MERKAVA », perception ultime de la souveraineté divine.
-En première lecture, le texte enseigne que l’expérience vécue du miracle à l’état pur, de la « KRIAT YAM SOUF », de la déchirure de la Mer Rouge, montre de manière évidente que toutes les forces de la création sont assujetties à la souveraineté du Créateur. Cette expérience enseigne plus que les perceptions mystiques les plus élevées.
-Mais en fouillant le texte, en comparant « KRIAT YAM SOUF », aux autres miracles de la sortie d’Egypte, en comparant les Midrachim entre eux, nous pouvons en déduire un second enseignement dont l’écho se fait entendre encore aujourd’hui :
« La décision du Peuple Juif de se délivrer de toutes ses peurs, d’exprimer sa reconnaissance envers Hachem malgré toutes les souffrances, toutes les terreurs imposées par ses bourreaux, de chanter malgré tout, de remercier le Maître du monde, qui nous a fait libres, lui fit acquérir une vision du monde plus élevée encore que celles qu’ont perçues nos grands prophètes. ».
Attention, je ne change pas de sujet :
Ma mère (Imi Morati, Léa bat Moshé Itshak, zal) dont c’était l’anniversaire du décès, cette semaine) avait naturellement rejoint le Rav Kappel (rabbin français, parmi les chefs de la résistance) dans la résistance juive, pendant la seconde guerre mondiale, c’était sa réponse à la déportation de son frère unique :
Max Liebermann (Meir ben Moshé Ytsh’ak Zal) assassiné, comme tant d’autres à Auschwitz.
Elle nous étonnait, en nous racontant comment les combattants
(elle ne s’incluait pas dans ce terme, elle, c’était « la ptit Léa », comme l’équipe l’appelait alors, un simple « facteur » dans le réseau juif de la résistance) vivaient tous dans la certitude d’une victoire contre l’Allemagne nazie, tout en étant conscients que la plupart d’entre eux ne connaîtraient pas l’après-nazisme.
« Le mal ne peut pas vaincre éternellement, voilà quelle était leur conviction profonde. »
En pleine guerre, Jacob Gordin, penseur juif de très grande envergure, posa les bases de ce qu’on appellera plus tard, « l’école d’Orsay », où seront formés la plupart des cadres qui assureront le Renaissance de la vie juive en France après la guerre.
Il avait appelé alors, cet embryon d’école : « l’école des prophètes » où tout en luttant contre le nazisme, on étudiait, priait et chantait avec une force d’âme exceptionnelle.
-Ce qui nous ramène au « Chabbat Chira », à cette dimension du courage, d’espoir, pour tout dire du Chant, qui place l’être humain au sommet de la prophétie comme ces anciennes servantes juives délivrées d’Egypte, qui chantaient sur le rivage de la Mer rouge.
Shabbat Chalom et Tou bishvat saméah’
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